Vietnam HanoiA Trifouillis-les-Oies comme à Dache, au Diable Vauvert ou chez les grecs il y a des gens qui mènent leur petit train-train quotidien. Dans un décor somptueux ou abominable, leur organisation apparaît éventuellement déconcertante, la consonance de leur langue curieuse, leurs mœurs et coutumes à l’occasion insolites, les transports et moyens de communication de temps en temps erratiques, les spécialités culinaires locales parfois inattendues et leur rapport à l’autre variablement tolérant. Mais c’est partout comme ça finalement. Et c’est déjà fascinant.

Chacun pourtant porte en soi les images d’un autre part qui n’est pas chez soi et donc forcément différent, débarrassé de son ordinaire. Et même si arrivé là-bas il recherche d’abord un lit, un café, une gare, un point de repère, la quête vise ensuite à se rapprocher de l’idée, volatile et subtile, qu’il se fait de cet autre part imaginé plein de nouveautés, d’émerveillements ou d’indignations, voire de malaises (le pittoresque est volontiers sordide ou vitrifié), puis le souhait se manifeste de la surprise au-delà du rêve initial.

Alors, transporté dans un autre univers de perceptions et de signifiants, la banalité devient magique, le trivial exotique et l’éculé original. Et ces métamorphoses – ces sublimations, ces perversions – des paysages, des objets et des quidams, composent les plus exaltantes ou déprimantes évocations (la poésie est plus esthète que scrupuleuse). Rien n’est plus pardonnable, moins interchangeable, que cette espèce de sortilège emphatique qui d’un bus fait un tas de ferraille, du voisin de bus un comparse, d’un geste anodin une intrigue, d’une tractation un badinage, d’une bière un élixir, d’un voyage une épopée…

Ailleurs, en vrai, c’est rien que des histoires… de celles que depuis l’enfance on poursuit inlassablement jusqu’à Peta ou Chnok.