Ecoutez la lecture de l’article (2’37) :

Couleurs du monde - Ceci est la couleur de mes rèves - Joan MiroSur cette planète dite bleue, les planisphères attribuent des tons souvent pastels aux continents, et le tourisme signale des villes roses, d’anciennes capitales rouges, des ceintures ou des ligne vertes, des trains ou des médinas bleues… Chacun s’accorde sur l’immaculé des pôles, les camaïeux cobalts des océans, les dégradés chlorophylles des forêts, les nuances dorées des déserts de sable, la palette ethnique des hommes.

Comme les « Voyelles » d’Arthur Rimbaud, les pays ont chacun leur couleur dominante, comme une sensation complémentaire, indissociable de cette impression de l’instant. Ce prisme n’a rien à voir avec les nuances des photos ramenées, la carnation des autochtones ou la tonalité des drapeaux locaux. Ainsi, sans même être synesthète et sans préférence, à cette heure, le Brésil est rubis, de cet écarlate quasi bolchevique, l’Egypte exprime un brun de feuilles d’automne alors que le Soudan proche décline les orangés des tableaux orientalistes. Le jaune inonde le Malawi d’un flot cuivré quand le Vietnam décline les verts de tout les jades. La Bolivie et Madagascar se partagent la gamme des bleus clairs et foncés, parce que l’Inde est magenta mais que le violet n’appartient qu’aux pays nordiques. La prochaine destination n’est pas encore nommée que déjà elle se profile à priori kaki…

Chaque lieu chamarre alors cet arrière-plan de ses propres pigments: le diapré des modes, le mauve des jacarandas, le grenat des briques, les poissons argentés sur les marchés, les variations safran des couchers de soleils… du blanc diaphane au noir ébène toutes les longueurs d’onde du spectre éclaboussent la terre originale d’autant de confettis, de taches de vie. Partout le pâle et le vif saturent les teintes, les éclairages et l’obscurité se disputent les gris de la brume, le clair et le sombre contrastent les géographies. Le monde est un arc en ciel hallucinogène, un inventaire chromatique, un kaléidoscope qui explose la rétine …et c’est un bonheur pour le voyageur, photon fainéant dans cet univers frénétique de lumières, de se balader dans ces effets d’optiques.

Rien d’étonnant à ce que les peintres s’en soient donnés à cœur joie, soient passés de l’imitation des bariolages de la nature aux mélanges symboliques, qu’ « un matin, l’un d'(eux) manquant de noir se servit de bleu » *, que les fauvistes aient basé leur art sur leur instinct, que les paysages soient explosifs, l’asphalte vermillon, les arbres outremer et les ciels citron.

Ce monde est une holi permanente.

Couleurs Du Monde - Holi

* « Un matin, l’un de de nous manquant de noir, se servit de bleu : l’impressionnisme était né. » Pierre-Auguste Renoir
Crédit : The Holi Festival – Image sous licence “Creative Commons” @onthego tours