Sur la piste de 17 kilomètres qui mène aux tsingys rouges, Roger fait mentir toutes les brochures touristiques qui indiquent que seuls les 4×4 peuvent se permettre la virée, il a même, à force, créé une dérivation alternative personnelle réservée aux voitures légères et qui vaut l’arrêt une fois en hauteur pour admirer au vent le panorama à 360° sur toute la plaine d’Irodo : zones d’eucalyptus plantés (pour le bois de chauffage et le charbon afin d’endiguer la déforestation -justement responsable de la formation de ces tsingys), de palmiers satrana (utilisé pour la vannerie et les toits des habitations), de forêt primaire (ce qu’il en reste donc), et ce jusqu’à l’océan indien, ligne bleue outremer à l’orée du ciel lapis.

Et puis sans crier gare un premier cirque hérissé de ces sculptures naturelles, puis un canyon et la descente à pied dans un des cratères jusqu’à la rivière, la veine, l’artère rouge qui ruisselle en son fond.

DiegoSuarez_Tsingy_Rouge

Il n’y a rien à dire qui rendrait justice à cette arène de structures éphémères. Toutes les références descriptives, géologiques, picturales, historiques ne suffiraient pas à exhaler la respiration de l’écrasante canicule, la palette sanguine des pentes effondrées,  la souplesse et le grain de l’argile, la texture, l’élégance et la friabilité des concrétions poreuses, la finesse de la mantille de sable qui les voile, l’atmosphère de western sauvage. C’est être au centre d’une vallée de larmes pleines de sources que la pluie d’automne couvre de bénédictions*, d’une nature en même temps désolée et exubérante, minérale, liquéfiée, pétrifiée, fragile.

Et Roger, enfant d’Irodo, de répondre, ému de la question, qu’il ne s’en lasse pas.

*cf. Psaume 84