Roger, en excellent guide indépendant passionné, conduit le taxi 4L numéro 171 qui a la particularité unique de klaxonner d’une trille d’oiseau modulée sur quatre tons, et gagnerait le Paris-Dakar haut-la-main si d’aventure.

Diego Suarez - RogerEn papotant sur les premiers kilomètres pour aller aux Tsingys rouges est décidé d’un commun accord ravi de commencer par le lac sacré d’Antanavo (il y achètera du riz –un sac de 50 kg, empli tranquillement à la boite de conserve– meilleur rapport qualité-prix là-bas qu’ici –les récoltes ont été mauvaises). Le reste des 2 heures de trajet se fera en silence confortable et badin –à l’exception d’une remontrance taquine de briscard à l’œil de lynx à cause d’une minuscule tortue évidemment pas vue sur le bord de la route (mais qui a généré un arrêt pour la ramasser). Diego Suarez - Lac Sacré d'Antanavo - Droit De VisiteRoger est dans son fief et connu comme le loup blanc; quand il oublie de klaxonner en passant dans les villages, les habitants le provoquent d’un sifflement d’oiseau moqueur.

A Anivorano, bourg qui marque l’embranchement pour le lieu-dit, le garde souriant fait promettre de saluer les reptiles de sa part en encaissant le « droit de visite » (officiel) des cinq kilomètres de piste boueuse. On y achète un steak de zébu qui servira d’appât pour attirer les bestioles. Roger (fier de son moteur de R5) démontre, s’il en était besoin et jusqu’au site de cérémonie, que sa guimbarde passe partout sans s’embourber.

GeckoLa végétation est dense, impossible d’embrasser le lac dans son ensemble, mais les crocodiles sont bien là tapis à fleur d’eau. Au bruit sec d’un beau morceau de viande jeté à terre dans leur direction, ils se mettent à cavaler plus rapidement qu’un homme. Ils sont trois, là, monstrueux, préhistoriques, lourds, à un mètre cinquante, 3 mètres déplié environ chaque, certes temporairement occupés par le hochet fourni mais pas plus rassurants pour un homo sapiens solitaire (il n’y a pas un chat, uniquement des geckos citron vert) . En fait, au moindre mouvement –dont de toutes façons, compte tenu d’une légère trouille (légitime ?) quand même, il est à peine question– ils fuient se réfugier dans leur marigot.

Diego Suarez Lac Sacre d'Antanavo

Le totem de cornes de zébus enchâssé dans son sanctuaire de bambous témoigne de précédentes célébrations où l’on a sacrifié une bête (une moitié de zébu aux crocodiles, l’autre moitié aux officiants).

Au retour, salutations des crocodiles au garde.