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Sahara occidental, Adrar mauritanien

Le désert ce n’est pas, jamais, rien. Celui de l’Adrar mauritanien est une profusion de tons sur tons beiges, blonds, miel, safran, cannelle, noisette, moka, tabac, lavés de lumières en abondance, brûlés, asphyxiés, saturés d’ocres jaunes, rouges, bruns, pailletés d’exubérantes particules scintillantes et de la poussière moirée soufflée par le zef. Les temps, les distances, les espaces s’y dilatent et débordent et s’y confortent tout nimbés de roux, comme à créer un cocon caramel friable d’où éclore plus organique.

Adrar - Atar vue d'avion

Yallah !

Les premiers pas sont aveuglants, surexposés et les suivants ensorcelants, hypnotiques. Les 6 jours de marche étouffée dans un silence mat traversent des dunes, des ergs ridés, des hamadas, des guelbs, des regs, des oueds. Ce sont 15 à 18 km quotidiens grignotés lentement au sable onctueux qui ripe et se dérobe en montée, s’avalanche en descente, si fin, léger, rond et doux et sec que jamais il ne s’agglomère mais crépite et s’insinue partout finalement aussi abrasif que l’emeri. Les 5 à 6 heures de randonnée journalière à franchir des cordons dunaires gondolés, sans autre horizon qu’une ondulation mordorée, à grimper les versants instables, longer les crêtes chancelantes et dévaler les pentes fuyantes de ces collines fragiles, à parcourir les plateaux rocailleux, à louvoyer entre les barkhanes, à gravir des montagnes gréseuses ruiniformes jusqu’à leur ligne de faîte sont autant de voyages en minéral. Au sol, par endroits on trouve des restes de coquillages vestiges des lacs salés diluviens et des pierres de foudre qui témoignent de l’énergie libérée en ces espaces ouverts aux quatre vents.

Adrar - Dunes de l'erg OuaraneAdrar - LagueilaAdrar - Guelb er Raoui - Sommet de Zerga

Al hamdoulillah

Déboussolé au milieu de ce territoire épuré, déshydraté, d’une étrange infinité poudrée, sous un soleil immédiatement cruel même quand voilé, il est évident, sans besoin d’y mêler une quelconque révélation mystique, qu’il va falloir remercier un dieu pour ses précieux bienfaits. Chaque foulée, arrachée au terrain semoule, cultive la promesse de s’acheminer vers la prochaine halte où se reposer, récupérer, se ressourcer, reprendre son souffle et de nouvelles forces : l’ombre pourtant épineuse de l’acacia est un cadeau magnifique, le bouquet vert ébouriffé d’une palmeraie un don sublime, une oasis une faveur suprême, quelques gouttes de pluie (car il pleuviota) une bénédiction du ciel, la belle tiédeur du soir une clémence salvatrice et le puits caché quelque part et qui embellit le désert*, pour peu qu’il ne soit pas tari, est une grâce prodigieuse. Toute pause est l’occasion d’encenser ces havres de la nature, louer leur protection et célébrer leur munificence. Discrètement, les cinq prières quotidiennes effectuées par les maures cadencent les journées.

Adrar - A l'ombre de l'acaciaAdrar - Palmeraie de LagueilaAdrar - Puits

Rythmes

La caravane conduite par 2 chameliers et un cuisinier sahraouis compte 7 dromadaires qui portent eau, ravitaillement, nattes, khaïma, et autres impédimenta. En route ils achèteront des légumes et de la viande auprès de marchandes ambulantes averties du parcours mais sorties d’on ne sait où comme un mirage de derrière une dune. Quatre fois par jour les bêtes baraquent pour être chargées ou déchargées et matin, midi et soir, non loin des pâturages nécessaires, les hommes montent et démontent avec maestria un campement de toile. Invariablement la première préoccupation à l’étape est le rituel de l’infusion et du service mousseux des trois thés brûlants qui, de l’âpreté à la suavité, accompagnent avec des dattes le délassement des muscles et de l’esprit. Après le déjeuner, la sieste n’est pas une option même si elle se passe à chasser les mouches qui pullulent sans gène. Au bivouac avant le dîner la préparation attentive du pain de sable qui servira au trois repas suivants rassemble les convives autour du brasier. Plats et fruits avalés, chacun s’en va sans demander son reste dormir à la belle étoile; on se lèvera tôt pour profiter de la relative fraîcheur du matin.

Adrar - Thé mauritanienAdrar - Sieste à l'ombre de la khaimaAdrar - Chargement des dromadairesPain de sableAdrar - Dromaires au sommet des dunes

* « Ce qui embellit le désert, dit le petit prince, c’est qu’il cache un puits quelque part… » Antoine de Saint-Exupéry (Le Petit Prince : chapitre XXIV)