Uruguay - Colonia / Carte Rio De La PlataEn face de Buenos Aires, de l’autre côté de l’estuaire du Rio de la Plata, à une grosse heure de ferry, il y a Colonia del Sacramento en Uruguay. L’Uruguay est un de ces pays que jamais personne ne songe spontanément à inscrire sur une liste de destinations. En Uruguay il y a à Montevidéo cette amie, native du pays, pas vue depuis 15 ans et à Piriápolis cet intrigant navigateur démystificateur de transatlantique, entendu sur les ondes* mais jamais rencontré; rendez-vous est pris au débotté avec chacun d’entre eux.

Colonia del Sacramento

Descendre à Colonia c’est débarquer dans un roman de Pagnol ou de Giono, atterrir dans le Saint-Tropez d’“Et dieu créa la femme”, se retrouver dans un décor idéal d’avant, travaillé pour être préservé, le reflet d’une authenticité. Dans le quartier historique au bout de la péninsule, rues pavées d’époque, rusticité des façades blanchies ou enluminées, pans de murs aquarelles, ombre des platanes et tilleuls, bougainvilliers plantureux, rue des soupirs, azulejos étincelants, voitures anciennes rutilantes ou vieilles guimbardes déglinguées soigneusement disposées… manifestent de la volonté de conserver une empreinte, même sublimée, du passé (Colonia est inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco). En saison (décembre et janvier) comme les week-ends l’affluence encombre paraît-il les nombreuses terrasses de l’avenue principale, mais en milieu de semaine, début novembre, le chivito, toujours gargantuesque, s’y déguste au calme au milieu des sempiternels siroteurs de maté.

Uruguay - Colonia / Vieille VilleUruguay - Colonia / Calle De Los SupirosUruguay - Colonia / Voiture Ancienne

Montevideo

Montevidéo c’est Gotham city, le décor d’une des cités obscures de Peeters et Schuiten, l’univers dystopique des films d’anticipation de Terry Gilliam. A tout moment on s’attend à y voir éventuellement surgir un gangster des années 30 ou 70, ou bien un de ces intellectuels européens d’avant-garde engagés, exilé ici avant qu’une dictature militaire ne s’y installe aussi jusqu’à il y a 30 ans, ou, du coup, un despote martial médaillé.

Montevideo a un charme spécifique art déco, postconstructiviste, éclectique, qui a toujours l’air d’avoir un train de retard sur la modernité. Les Beatles font un carton, les écoliers portent des uniformes à lavallière, la mode est encore aux années 80. Dans la vieille ville les chiffonniers avec leur carriole à cheval contrastent avec la débauche d’asados (grillades au barbecue) du Mercado del Puerto. La rambla est sans fin. Le dimanche, au marché aux puces de Tristán Narvaja le populaire croise joyeusement l’histoire, la culture et les légumes**. Les librairies sont nombreuses, amènes (la librairie Puro Verso est un enchantement) …et leurs vitrines sont souvent politisées. S’il ne pleut pas il y a partout, de jour comme de nuit, des artistes de rue, et quand un spectacle est en cours le soir au très huppé théâtre Solis, son toit est allumé en rouge. Mon amie émaille la visite de ses souvenirs d’enfance et raconte l’atmosphère quand, au milieu des années 70, ses parents enseignants militants durent finalement décamper.

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Si la vie n’y était pas si chère (l’Uruguay n’est pas pour rien qualifié de “Suisse de l’Amérique Latine”, les prix y sont parisiens !), cette capitale singulière dans un pays qui, avec plus ou moins de bonheur, est un laboratoire social (dernièrement le président José Mujica −un dirigeant de gauche lui aussi pour le moins atypique− y a autorisé la production et la vente de cannabis) serait presque attachante.

Piriápolis

Au bout de 100 km de route côtière (dite d’or −pampa à bâbord, dunes à tribord, arrêt du bus a tous les centres commerciaux et stop à chaque station balnéaire, soirée escale à Parque del Plata), Piriápolis relève de la villégiature proustienne, de vacances au bord de la mer façon Michel Jonaz*** : l’hôtel Colon a un furieux air normand et des rombières se prélassent à l’hôtel Argentino fier de son casino. Tout ce beau monde déambule négligemment sur la rambla de los ingleses et le long de la plage encore peu fréquentée par les estivants. Au-delà de la digue sud les genêts éclatent jaunes et les couchers de soleil explosent ambres à ne pas vouloir que ça s’arrête. Au port, à bord de La Boiteuse, le capitaine et son chat se laissent agréablement apprivoiser.

Uruguay - Parque Del PlataUruguay - Piriapolis / Hotel ColonUruguay - Piriapolis

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* Allô la planète sur le Mouv
** Magical Places: Feria de Tristán Narvaja, Montevideo, Uruguay
*** Les vacances au bord de la mer – Paroles: Pierre Grosz. Musique: Michel Jonasz 1975