imageEt tout soudain, à Chiang Khong, purpurin, le Mékong; et sur l’autre rive le Laos et Huay Xai. La barque qui traverse la frontière joue du courant pour accoster.

Il n’y a plus, comme partout en Thaïlande, de superettes 7eleven et l’ambiance marchande est à l’excursion dans la jungle : gants, impérméables, longues chaussettes. La brochure promet de l’exceptionnel et prévient qu’en saison humide il faut s’attendre à cinq heures de marche pour rejoindre, au sommet des collines, les maisons dans les arbres reliées entre elles par des tyroliennes. Il a plu gros toute le nuit.

imageAu bout d’une bonne heure de route, l’espèce de camion de troupe largue ses participants au bout d’un pont de corde traversé dans l’allégresse des innocents. Les cours d’eau suivants, gonflés, n’ont pas de pont et chacun s’enfonce, jusqu’à mi-mollet, dans une eau boueuse et galopante, s’assurant des pieds spongieux pour le reste du parcours. Ça grimpe humide sur une large piste irrégulière submergée de chaleur où les nombreuses ornières sont des cratères d’obus visqueux. Au bout de trois heures, l’équipée croise le 4×4, embourbé et en panne, qui aurait du la transporter jusqu’au village, encore à deux heures de marche, du départ du treck. A ce village, déja totalement à bout de forces, les marcheurs croient naïvement à une délivrance proche. Mais c’est deux heures de plus qu’il faudra, cette fois-ci sur un sentier pas plus large qu’un pied à la fois, plus glissant qu’un savon fuyant, souvent à flanc de rien, parcourus de racines veineuses, pour rejoindre le camp de base où chacun sera équipé d’un harnais, puis encore quarante minutes pour atteindre la première tyrolienne.

imageLa tête ne pense plus, ou juste à ordonner le pas suivant, le corps tout entier, suant, pantelant et ahanant, n’est qu’une mécanique sans huile, les jambes flageollent au moindre arrêt, les yeux pleurent du soleil tranchant, toute volonté autre qu’une fin à disparue.
Il faut alors s’accrocher, se suspendre à ce filin tendu dont la plateforme opposée ne se distingue pas sur le versant d’en face; tout n’est que verts.

Ne reste plus qu’à se laisser glisser au dessus du vide tapissé des bruits de la jungle, au delà de sa trouille, plus haut que les oiseaux. Et à cet instant là, poid mort dépendant d’une corde, assourdi par la vitesse, pleurer, hurler de fatigue et de bonheur mérité, d’émotions inconnues, de l’ivresse physique de vivre.

imageLa maison dans les arbres est une énigme de construction improbable, confortable belvedère à deux étages, salle d’eau courante comprise, installé à un des centres d’un des edens sauvages. La vue périphérique surplombe la jungle dense, profonde, impénétrable, … et, comme une fleur au milieu d’un désert, un gibbon s’élance, bras disproportionnés, d’une branche à l’autre. Le matin, quand le soleil du jour appelle à une évaporation brumeuse les humidités enfermées sous la frondaison, toute la montagne fume, respire, exhale.

C’était exceptionnel (cf. The Gibbon Experience)…
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