Burkina - N3Au départ de Ouagadougou, la N3 traverse la région centre-nord du Burkina Faso jusqu’au sahel(1). Prendre la route c’est à juste titre aller en brousse, comprise ici littéralement, comme tout ce qui n’est pas agglomération urbaine. Sur les 240 kms goudronnés qui mènent à Bani, il n’y a que Kaya, chef-lieu de département et de province qui, en milieu de parcours, puisse, à l’africaine, revendiquer le titre de ville. Tout au long du trajet, le paysage se transforme, s’aridifie, se « sahélise », la végétation se raréfie et s’assèche même en cette saison des pluies.

Bani est discrètement à l’avant poste du désert. L’électricité ne vient pas jusqu’ici et encore moins l’eau courante; rien n’y arrive en fait à part les mauvaises nouvelles. A un coup d’harmattan du sable envahissant, on est au bout de rien et à la limite de tout, ensuqué dans une carapace de poussière cassonade, momifié par la véhémence d’un soleil platine et dru.

Ici, il y a 35 ans, un prophète illuminé a fait construire en terre crue, par une population exaltée, une mosquée immense, un centre du monde qui repose sur davantage de piliers (100) que de noms d’Allah, bien plus que nécessaire pour une « révélation ineffable »(2). Pour parachever son rêve sept autres petites mosquées (une par jour !) dirigées vers leur grande sœur se répartissent selon une parabole ésotérique sur les hauteurs alentours.

Proverbe bambaraC’est une folie magnifique et démente, toute de banco qui s’effondre un peu plus à chaque hivernage, une déraison réédifiée chaque année, fonction des moyens disponibles, avec ces mêmes briques terre de Sienne de tourbe résolubles. C’est splendide et désespérant à la fois, brut. La photo est aussi belle que la vie est aride, et c’est pourtant un lieu ouvert avec un potentiel prodigieux de mysticisme, où croire intimement, en plein abandon.

Des surplombs où l’air est sec, le regard porte loin sur des environs clairsemés; le centre du monde est au milieu de si peu de chose. Là bas dans la plaine, à quelques encablures, il y a de l’or : une mine abandonnée et des trous d’orpaillage sauvage, improvisé et artisanal, un piètre filon à peine nourricier, terriblement dangereux, mortel(3).

Burkina Faso - Bani - MosquéeBurkina Faso - Bani - MosquéeBurkina Faso - Bani - Mosquée
Burkina Faso - Bani - Grande MosquéeBurkina Faso - Bani Vue du VillageBurkina Faso - Bani - Corvée d'eau

(1) La région du sahel burkinabé est classée zone orange en août 2015 et n’est à ce moment là pas praticable. Elle sert de zone tampon avec les frontières du Mali et du Niger où opèrent différents groupes djihadistes.
(2) « J’étais moi-même debout dans la foule, près du second pilier (…) En un instant, mon cœur fut touché et je crus.(…) J’avais eu tout à coup le sentiment déchirant de l’innocence, de l’éternelle enfance de Dieu, une révélation ineffable. » Paul Claudel – Ma conversion (1913)
(3) Depuis 2009, l’or est, avec le coton, le premier produit d’exportation du Burkina Faso. Voir le très beau et poignant reportage de Matjaž Krivic au sujet de la mine de Bani ici (en anglais) ou là (en français)

En savoir plus : Site des mosquées de Bani